Houcine Arfa, ce français évadé journal du vazaha à Madagascar du 18 janvier 2018

Houcine Arfa est la série du moment qui tient en haleine (ou pas) les lecteurs des journaux quotidien. Et suivant à la fois la presse française que la presse malgache, c’est assez marrant d’assister aux deux versions qui font chacune couler de l’encre dans deux coins du monde opposé. Si nous retraçons l’origine de cette histoire, tout commence le 28 décembre où Houcine Arfa, vendu comme l’ennemi publique n°01, s’évade de prison. Sa photo est à la une de tous les journaux. Avec sa sale tête de boxer, il est montré du doigt comme un dangereux criminel. Les journaux relatent son histoire en quelques lignes, voulant nous resituer qui est ce Houcine, ce fameux bandit « armé et dangereux ». Entre autres, ex conseiller de la sécurité du président, il aurait voulu tuer le président lors de la fête nationale du 26 Juin. Ah ? Je me gratte la tête et bien qu’étant une lectrice assidue des journaux, je ne me souviens plus qu’il y eu une tentative d’assassinat sur la bonne bouille du président. Ma faute, j’ai surement pas été assez attentive des informations du jour. Je demande à l’amoureux, il n’en a guère le souvenir non plus. Soit. Et aujourd’hui, des mois plus tard, c’est ainsi que le président justifie sa vitre pare balle qu’il avait fait installer pendant la cérémonie du 26 Juin et qui avait tant fait jaser la population. Ah mais c’est bien sur ! Il a bon dos Mr Houcine Arfa ! Suite à ça, ce cher Houcine est incarcéré dans l’une des pires prisons du monde (c’est lui qui le dit) où il aurait été torturé, roué de coup, où des gardes ivres lui aurait uriné dessus (ça aussi c’est lui qui le dit). Puis, grâce à ses relations bien, très bien (!!) placé, il aurait pu organiser son évasion. Et en quelques mouvements, il atterri sur le sol de Paris. Bien. Les journaux de l’île continue à cracher leur haine sur ce dangereux criminel qui a fuit le pays et lance une procédure d’extradition afin qu’il finisse se taire à jamais. Oups, je veux dire, à fin qu’il puisse purger sa peine qui lui ai du. Madagascar appelle à la France, demandant une collaboration et leur rendre Houcine. Sauf que les tournures prennent une direction inattendue. Houcine, au lieu de se retrancher dans un petit coin perdu et se faire oublier, le voilà en train de parler aux journaux. Il devient « le français évadé ». Il fait une interview sur RFI, il parle au journal Le Parisien. Et il dénonce. Il dit être au courant de corruption grave au sein du gouvernement et annonce qu’il a payé 70 000 euros à la ministre de la Justice et 30 000 euros de plus à son assistant pour son évasion. Pam. Même d’où je suis, j’ai bien senti le coup tellement il a frappé fort. Ce n’est pas un ex boxeur pour rien. Mais voilà. Cette mauvaise publicité pour Madagascar ne plait pas à tout le monde et certain voit très rouge. Bien sur, dès le lendemain, certains journaux (trop) politarisés lui consacre une page entière essayant tant bien que mal de montrer quel gros menteur est cet Houcine. « N’oublions pas que ce sont les paroles d’un évadé de prison ! » lance le premier ministre. Et n’oublions pas qu’il a pu s’évader très, trop, facilement, aurait on envie de lui répondre. Pourtant le doute subsiste. La confiance entre le peuple et le gouvernement à Madagascar est rompue depuis bien trop longtemps pour que l’on puisse ignorer les propos de Houcine Arfa. Pourquoi se montre-t-il à la presse, au lieu de se trouver un lieu retranché s’il était vraiment coupable ? Pourquoi la justice française ne fait elle rien contre lui s’il y a vraiment un mandat d’arrêt international à son nom ? La facilité de son évasion et aujourd’hui les propos tenus à la presse ont tendance à ridiculariser le pays et fait passer le gouvernement pour une bande d’incompétent. Alors que le cyclone Ava a frappé fort le pays, peu de temps plus tard, c’est au tour du cyclone Houcine de faire des dégâts dans le paysage politique. Ça doit être la saison.  

Pourquoi la justice malgache est si peu crédible – La gazette de la grande île du 16 janvier 2018

Editorial de la gazette de la grande île du 16 janvier 2018 Les magistrats malagasy s’offusquent lorsque ce grand corps est critiqué. Certains magistrats estiment que tout le monde se prend aujourd’hui pour un juge, se permet de porter des critiques sur les décisions de justice et particulièrement sur les réseaux sociaux où les magistrats sont aussi très actifs, parfois pour montrer leur vie, leurs enfants, leurs familles, leurs voyages! Pourquoi le simple citoyen n’aurait-il pas son mot à dire sur la justice de son pays? Pourquoi quelqu’un qui a fait des études de droit ne pourrait-il pas porter des remarques sur des jugements? Pourquoi le quelconque quidam qui connaît les lois et l’équité n’aurait-il pas son mot à dire sur les décisions de justice? Depuis quelques années, la justice malagasy a perdu de sa crédibilité et des faits d’aujourd’hui viennent conforter ce regard porté par les citoyens. Le simple citoyen qui ne connaît rien au droit se demande quand est-ce qu’une décision de justice est notifiée à la personne concernée et quand est-ce qu’elle ne l’est pas? Le simple citoyen ne comprend pas pourquoi quand Ravalomanana voulait rentrer au pays durant la transition, Andry Rajoelina brandissait le notam et empêchait son avion d’atterrir, alors qu’une décision était prononcée contre lui et qu’il suffisait de le cueillir et le notifier de la décision. Le simple citoyen ne comprend pas pourquoi depuis des mois et même des années, le même Ravalomanana se promenait tranquillement dans ce pays et la fameuse décision ne lui a jamais été notifiée et pourquoi d’un coup aujourd’hui, la notification de ladite décision est devenue une urgence? Le simple citoyen ne comprend pas pourquoi Ravalomanana et ses avocats disent que la cour criminelle ordinaire qui a jugé son affaire n’était pas compétente, car il devait être jugé par la Haute Cour de Justice qu’il n’a pas mis en place, alors que le même Ravalomanana ou son régime de l’époque considérait que la juridiction qui a jugé l’ancien premier ministre Andrianarivo était compétente? Le simple citoyen ne comprend pas des décisions de Justice rendues pour des faits quasi similaires, mais avec des décisions complètement antagonistes et parfois sans motivations, tel le cas de l’accident mortel à Ankorondrano. Le simple citoyen ne comprend pas quand est-ce qu’une décision de justice doit être exécutée et quand est-ce qu’elle ne doit pas l’être, tel le cas de l’affaire des pilotes d’Air Madagascar et pourtant chaque magistrat dit que les décisions de justice doivent être exécutées et ont force exécutoire. C’est pourquoi le simple citoyen ne croit pas aux décisions de justice, car il y a deux poids deux mesures selon la personne concernée, c’est pourquoi le simple citoyen a parfois peu confiance aux magistrats, car certains se plaignent de subir des pressions et sont donc incapables de dire non aux pressions, alors que d’autres le font, c’est pourquoi le simple citoyen considère la justice malagasy peu crédible quand il a le sentiment que les connaisseurs du droit eux mêmes disent une chose et son contraire : gageons que les magistrats, avocats et juristes qui gravitent autour de Ravalomanana trouveront des arguments en béton pour critiquer la démarche actuelle du régime tout comme le régime trouvera des arguments également en béton pour justifier le bien-fondé de ce qu’il envisagerait de faire ! Et les histoires de justice indépendante ne fonctionnent pas là. Il faut d’abord des magistrats indépendants capables de dire non et prêts à véritablement servir dans toutes les juridictions du pays. La Rédaction LGDI 16 janvier 2018 pourquoi la justice malagasy est si peu crédible
 

Face à la colère de la population, des magistrats malgaches s’échappent par hélicoptère Le monde du 18 décembre 2017

Mercredi 13 décembre, 600 villageois ont forcé la porte du pénitencier de la ville d’Ikongo, dans le sud-est de Madagascar. La foule en colère était à la recherche de sept détenus. Il s’agissait pour elle de venger les membres de leurs familles assassinés, des crimes dont la responsabilité ne pouvait incomber qu’aux prisonniers. L’exécution des détenus semblait inévitable. Sauf que ces derniers avaient été transférés la veille dans une autre prison. Par dépit, les émeutiers se sont retournés contre les magistrats de la ville. Après quatre jours retranchés dans la gendarmerie locale, les onze personnes assiégées, dont le président du tribunal, le juge, le procureur et leurs proches, ont finalement été évacués d’Ikongo en hélicoptère, lundi 18 décembre, vers la ville de Fianarantsoa. Loi du talion Les villageois réclamaient la tête du procureur et de ses collègues, leur reprochant le transfert des prisonniers qu’ils voulaient exécuter. Dans cette province où les rois locaux ont plus d’importance que les institutions et où le tribunal local a ouvert il y a cinq ans seulement, la loi du talion reste monnaie courante. « Les autorités doivent prendre des mesures concrètes contre ces actes de violences, s’insurge Fanirisoa Ernaivo, la présidente du Syndicat des magistrats de Madagascar (SMM). Ce n’est pas possible de vouloir tuer des prisonniers, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne ! » Lire aussi : « Madagascar est le seul pays qui s’appauvrit depuis soixante ans sans avoir connu la guerre » Les vindictes populaires sont fréquentes à Madagascar, mais atteignent rarement une telle ampleur. Selon un magistrat d’Ikongo qui souhaite rester anonyme, « la population de la province n’a pas confiance dans la justice, d’où la multiplication des cas de vindicte populaire ». Il confie ne plus vouloir y retourner, par peur de représailles. Pendant que la prison était mise à sac, lui et ses collègues ont été poursuivis par des villageois armés de machettes, de sagaies et de fusils. « Nous nous sommes réfugiés dans les égouts et les rizières jusqu’à 2 heures du matin, en attendant des renforts », raconte-t-il. Les émeutiers ont par ailleurs fait évader 121 prisonniers. Parmi ces derniers figurent des petits délinquants, des bandits, des dahalos (voleurs de zébus), mais aussi des criminels condamnés à des peines de prison à perpétuité. Seulement huit d’entre eux sont revenus d’eux-mêmes le lendemain, le reste étant toujours en cavale. Ville difficile d’accès A cette peur suscitée dans le microcosme judiciaire s’ajoute la difficulté pour les gendarmes et les policiers de se rendre à Ikongo pour sécuriser le secteur. Engoncée dans une forêt impénétrable, typique de cette région, et entourée d’une centaine de kilomètres de pistes peu praticables pendant la saison des pluies, la bourgade est difficile d’accès, par voie terrestre comme aérienne. Dimanche 17 décembre, des hélicoptères envoyés par le ministère de la défense ont dû faire demi-tour à cause des intempéries. La veille, c’est un car rempli de gendarmes et de policiers qui s’est renversé dans une rizière à cause de la rivière en crue. Bilan : trois morts et six personnes toujours portées disparues. Lire aussi : Madagascar : la guerre des zébus Pour le porte-parole du ministère de la justice et le ministre de la défense, la situation est désormais sous contrôle. Les 150 gendarmes et les policiers locaux resteront déployés dans la ville tant que les fugitifs ne seront pas retrouvés. « La sécurité des biens et des personnes est assurée, affirme le ministre de la défense. Des patrouilles à pied et motorisées circulent pour la sécurité de la ville et de ses habitants. » Les chefs traditionnels, les notables, les autorités et les élus locaux tentent depuis mercredi d’apaiser la situation. Une enquête devrait être ouverte dans les prochains jours pour situer l’ensemble des responsabilités. En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/12/18/assieges-onze-magistrats-malgaches-s-echappent-par-helicoptere_5231561_3212.html#qHx0MllgC7ytefPC.99  

Houcine Arfa : « Un petit minable » incendiaire La ligne de mire du 17 janvier 2018

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Après le passage du célébrissime fugitif Houcine Arfa sur les ondes de la radio française RTL, les autorités malgaches n’ont pas tardé à réagir. La ministre de la Justice ainsi que le ministre de la Communication, porte-parole du Gouvernement ont apporté des démentis et des précisions sur certains points du dossier.

Dans une récente interview qu’il a accordée à cette station radio du groupe français M6, l’évadé de Tsiafahy a parlé du payement d’une somme de 70.000 € à la ministre de la Justice pour son évasion, ainsi que d’une soi-disant fonction au sein de l’administration malgache. Notamment en tant que conseiller du Président de la République. Et bien, d’après les autorités malgaches, Houcine Arfa dit faux sur toute la ligne.

En effet, pour ce qui est de son évasion moyennant le payement de 70.000 € à la ministre de la Justice, le directeur de cabinet d’Alexandrine Rasolo explique. « C’est absolument faux ! C’est sa manière de décrédibiliser la justice malagasy qui l’a condamné et le mandat d’arrêt international lancé par Mme la ministre ». Ainsi donc, pour le ministère de la Justice malgache, l’objectif de l’évadé de Tsiafahy est clair, c’est de trouver refuge auprès de l’opinion publique française. Il espère de la sorte échapper aux geôles françaises. La justice malgache qui, en lançant le mandat d’arrêt international à son encontre, s’attend néanmoins à ce qu’il purge sa peine de trois ans d’incarcération dans les prisons françaises.

En tout cas, Andry Rabarisoa, le directeur de cabinet du ministère de la Justice annonce d’ores et déjà que les autorités malgaches ne se laisseront pas faire. « Nous démentons catégoriquement et nous ne nous laisserons pas salir de cette manière. Au contraire, on va poursuivre jusqu’au bout la procédure internationale. Il doit être arrêté en France selon les accords de coopération, purger le rester de sa peine là bas et être jugé en France pour évasion », affirme-t-il.

Usurpation de titre

Ces propos du directeur de Cabinet du ministère de la Justice rejoignent ceux du porte-parole du Gouvernement. En effet, Harry Laurent Rahajason évoque « l’entraide judiciaire » entre la France et Madagascar et martèle l’obligation de la France d’arrêter et d’emprisonner Houcine Arfa. De même, le porte-parole du Gouvernement revient sur les raisons de l’incarcération de ce spécialiste militaire français.

Harry Laurent Rahajason explique qu’Houcine Arfa a été condamné à une peine d’emprisonnement de trois ans, par la justice malgache au mois de novembre 2017 pour usurpation de titre, extorsion de fonds et détention d’armes de guerre. Apparemment Houcine Arfa n’a jamais été un conseiller du Président de la République, malgré les propos qu’il a ténus au micro de la RTL. A la RTL, Houcine Arfa avait raconté qu’il était conseiller de Hery Rajaonarimampianina en matière de sécurité intérieur et de sécurité personnel du Président et qu’il était même payé 17.000 € mensuel pour cette fonction. Mais d’après Harry Laurent Rahajason cela n’a jamais été le cas.

Le porte-parole du Gouvernement explique en effet qu’il n’y a jamais eu de décret de nomination établi au nom de ce Houcine Arfa. Une personnalité qu’il n’a jamais rencontrée et qu’il ne connaît donc pas. L’exécutif malgache nie ainsi toute relation avec le militaire français. Une thèse tout à fait plausible, vu que le porte-parole du Gouvernement et non moins ministre de la Communication confond le nom d’Houcine Arfa à celui du footballeur Ben Arfa. De la sorte Harry Laurent Rahajason estime qu’Houcine Arfa est de ceux qu’on appel dans le jargon familier « un petit minable ».

Complicité

Ainsi donc, pour les autorités malgaches, Houcine Arfa n’est qu’un « petit minable » qui tente d’incendier tout le système judiciaire malgache. La preuve d’ailleurs est que, dans ses propos à la RTL, Houcine Arfa n’a plus voulu livrer les détails de son évasion depuis la prison de Tsiafahy pour dit-il « ne pas gêner » ceux qui l’ont aidé. Il ne veut donc pas gêner ceux qui l’ont aidé, mais cela ne l’a pas empêché de vendre la mèche au sujet de la ministre de la Justice. Ne gêne-t-il pas là la garde des Sceaux malgaches, en affirmant que seule la ministre ou le Président de la République pouvait le sortir de prison, et qu’il a payé 70.000 € à la ministre de la Justice.

Visiblement, il ne s’agit pas du tout là de « ne pas gêner ». Le but est tout autre ; c’est de faire tomber la tête de la ministre de la Justice et de tout le système judiciaire. En tout cas, le porte-parole du Gouvernement a tenu des propos qui dédouanent Alexandrine Rasolo. En apportant notamment des précisions sur les circonstances de l’évasion d’Houcine Arfa.

Harry Laurent Rahajason explique qu’effectivement le ministère de la Justice a signé un ordre d’évacuation sanitaire du détenu le 14 décembre 2017. Mais l’évasion date du 28 décembre. Ce jour du 28 décembre, le porte-parole du Gouvernement explique qu’il n’y avait plus d’ordre d’évacuation sanitaire mais que c’est l’infirmier major qui a décidé du billet de sortie. Donc une première irrégularité émanant du personnel pénitentiaire. Mis  à part l’infirmier major, il évoque aussi la responsabilité des deux gardes pénitentiaires qui ont accompagné Houcine Arfa. Harry Laurent Rahajason trouve trop simpliste la version des deux gardes comme quoi un véhicule 4×4 leur a bloqué le chemin du côté d’Ampandrianomby. La complicité d’évasion se trouverait de la sorte du côté du personnel pénitentiaire.

                                                                                                                                                             Mandimby Tsiferana.

http://lalignedemire.mg/article/Houcine%20Arfa%20:%20%C2%AB%C2%A0Un%20petit%20minable%C2%A0%C2%BB%20incendiaire  

Madagascar – RASOLO Elise devrait démissionner – la gazette de la grande ile du 17 janvier 2018

Le régime Rajaonarimampianina se mord certainement les doigts d’avoir recruté le « mercenaire » Houcine Arfa. A partir de sa planque parisienne en effet, celui-ci distille quotidiennement des révélations qui nuisent au pouvoir mais surtout à la Grande Ile qui est présentée comme une République bananière. Le dernier épisode de son grand déballage a été publié lors du week-end par le quotidien Le Parisien : « Je n’ai pu sortir de l’île qu’avec la complicité de personnalités des hautes sphères. J’ai remis 70 000 euros à la ministre de la Justice et 30 000 au procureur qui traitait mon cas ». Grâce à ces bakchichs, selon Houcine Arfa, il a pu d’abord s’échapper de la prison de haute sécurité de Tsiafahy, puis sortir de l’île au moyen d’une embarcation sommaire. En tout cas, ces déclarations médiatisées ont été très commentées dans tous les milieux de la capitale. On s’interroge notamment sur la véracité de ces dires qui sont parfois contradictoires mais qui dans leur ensemble sont cohérents. Il y a certainement une part d’exagération dans ces affirmations, Houcine Arfa voulant donner du volume à son aventure pour appâter la presse française. Il y a certainement aussi une part d’affabulation, ce « mercenaire » s’attachant à se venger et à nuire au régime qui l’a jeté en prison, et qui persévère dans les poursuites à son encontre même s’il s’est refugié en France. Il est vrai que s’il est placé en détention, c’en serait fait de ses bavardages médiatiques qui gênent tant le régime. Il reste que suite aux affirmations ci-dessus de Houcine Arfa, la ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Rasolo Elise Alexandrine devrait démissionner de son poste. Et cela, pour une raison majeure: d’abord car il en est ainsi dans les démocraties, les personnalités titulaires d’un mandat public se doivent d’être irréprochables car sont tenues à un devoir d’exemplarité. On ne sait si Rasolo Elise est coupable des faits relatés par le « mercenaire », mais quand un ministre est pointée du doigt dans une affaire où son honnêteté et sa droiture sont mises en doute, il convient pour lui de démissionner. Et s’il ne se résout pas à le faire, c’est le chef de l’Etat qui devrait le pousser vers la sortie. On notera d’ailleurs que dans son discours en français de la récente cérémonie de vœux au palais d’Iavoloha, Hery Rajaonarimampianina s’est encore une fois engagé à assurer l’honnêteté dans son équipe. Voici en effet ses propos : «L’exemplarité est une vertu exigée de ceux qui ont reçu un mandat du peuple. Ceux qui exercent un mandat public ou électif sont tenus à l’honnêteté, car leurs postes ne doivent pas être une opportunité d’enrichissement personnel, surtout au détriment du peuple ». On verra s’il s’agit là d’une règle déontologique appliquée aux gros bonnets du régime, ou d’un simple blabla… En raison de cette exigence implacable de droiture, beaucoup de ministres des vraies démocraties ont récemment démissionné ou ont été démis de leurs fonctions. En France, citons en 2017, Bruno Le Roux (Intérieur) accusé d’avoir employé ses filles à l’Assemblée nationale du temps où il y était député, Sylvie Goulard (Forces Armées), à peu près pour les mêmes raisons mais au Parlement européen, Richard Ferrand, dénoncé dans un montage immobilier au profit de ses proches parents, etc. En Grande Bretagne récemment aussi, Michael Fallon ( Défense nationale) pour harcèlement sexuel, et Priti Patel (Développement des Relations Internationales) pour avoir rencontré les  autorités locales lors de vacances en Israël. En tout cas, en général, les démissionnaires invoquent leur innocence et déclarent démissionner pour mieux démontrer leur bonne foi. Néanmoins, dans les cas ci-dessus, les concernés sont mis en examen ou font l’objet d’une instruction judiciaire, c’est-à-dire que la machine judiciaire est mise en branle à leur encontre. Rien de tel chez nous pour les ministres qui, selon la Constitution, relèvent de la Haute Cour de Justice (HCJ) pour les actes accomplis dans l’exercice de leurs fonctions. Bref, comme en quatre ans de présence à la barre, Hery Rajaonarimampianina n’a pas encore mis sur pied cette HCJ qui devrait juger les ministres (et le chef de l’Etat), Rasolo Elise ne sera pas mise en examen et pour cette raison, elle pourra se croire dispensée de démissionner. Néanmoins, comme elle incarne la loi et la poursuite des infractions, elle devrait être poussée au départ par sa conscience, par la règle d’éthique qui régit la magistrature et par la ligne rouge tracée ci-dessus par le chef de l’Etat.  D’ailleurs, si le « mercenaire » a pu s’évader de la prison, c’est en raison des graves manquements commis par les services placés sous l’autorité de Rasolo Elise. Sous le régime HVM néanmoins, malgré de multiples faits graves qui ont eu lieu en quatre ans de mandat, personne ne démissionne car tous s’accrochent à leurs sièges dorés. Il en sera peut-être ainsi encore une fois dans le cas présent, et on ne s’étonnera pas si avec cet état d’esprit, le pays n’avance pas. Si Houcine Arfa a pu s’évader de la prison de haute sécurité de Tsiafahy et fuir l’île, ce n’est pas parce qu’il a du pot, c’est parce qu’il a donné des… pots-de-vin.                   Adelson RAZAFY

RTL du Français évadé de Madagascar : “J’ai vu des gens tuer”, assure Houcine Arfa

Un homme en cavale. Le 28 décembre dernier Houcine Arfa a réussi à s’échapper de Madagascar où il était emprisonné six mois dans la pire prison de l’île. Ancien conseiller sécurité du président, il a été condamné à trois ans de prison, notamment pour usurpation de fonction et association de malfaiteurs, mais affirme être victime d’un complot.

S’il a pris la parole sur RTL, lundi 15 janvier, c’est car actuellement, sa vie est menacée. Un mandat d’arrêt international a même été lancé a son encontre.

“Aujourd’hui je vis partiellement caché”, explique Houcine Arfa. Et de lancer un appel : “J’en ai marre d’être caché. Je veux que la France me redonne mon honneur et ce qu’on m’a volé : ma dignité”.

Tout commence en novembre 2015 quand ce Français de 54 ans, spécialiste de stratégies militaire, est recruté par le président malgache. Houcine Arfa débarque sur l’île en janvier 2016. Sa mission : former la garde présidentielle à des stratégies urbaines et assurer une stratégie de sécurisation du Palais et du président. Houcine Arfa ne signe aucun contrat avec la présidence, mais explique avoir un “contrat moral” avec le président malgache. Le 20 juin 2017, il est arrêté par la police, condamné à trois ans de prison et envoyé en prison. Il réussit à s’échapper en décembre 2017 et parvient à rejoindre la France. Face aux accusations du gouvernement malgache, lui explique avoir été arrêté parce qu’il savait trop de choses sur le président et un entourage corrompu. “Moi, j’ai vu et entendu des choses. Il y a des choses qui étaient insupportables”, confie-t-il. Et de préciser “la loi de Washington a été violée”. Il explique également avoir vu des conseillers très proches du président avoir tué. “J’ai vu aussi des trafics d’or”, assure celui qui entend déposer plainte, en France, notamment pour “séquestration arbitraire”.