Condamné à trois ans de prison à Madagascar, cet ancien boxeur devenu intime du président malgache avant de tomber en disgrâce s’est évadé en pirogue.
Houcine Arfa, 53 ans, ex-conseiller du président de la République de Madagascar, a passé six mois dans la pire prison de l’île, avant de s’en évader le 28 décembre dernier au terme d’un improbable périple.
Désormais, Houcine Arfa, 53 ans, est en sécurité en France, le pays qui l’a vu grandir. Loin de la «maison de force» où cet ex-conseiller à la sécurité du Président de la République malgache dit avoir été torturé. Attablé dans un café parisien du 17ème arrondissement, ce lundi matin, il détaille pour la première fois cet «enfer» qu’il vient de vivre. Houcine Arfa balance. Et dit avoir encore de nombreuses révélations à faire…
«Un dossier vide»
Poursuivi initialement pour «usurpation d’identité», «tentative d’extorsion» et «association de malfaiteur», il dénonce un procès biaisé, basé sur «un dossier vide», qui lui a valu d’être condamné en novembre à trois années de détention. «Une procédure totalement inique. Un coup monté», dénonce Me Frank Berton, son avocat, rompu aux arcanes judiciaires malgaches devant lesquelles il a déjà porté plusieurs dossiers criminels.
Désormais, l’heure est à la contre-attaque. Alors qu’une procédure d’appel est en cours, qui sera examinée en février, les autorités malgaches parlent «extradition». Me Berton, lui, entend pour sa part déposer plainte, en France, vraisemblablement pour «séquestration arbitraire.» L’affaire Arfa, une «affaire d’Etat» selon son principal protagoniste, ne fait que commencer.
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Le Parisien : Vous étiez incarcéré à Tsiafahy, la prison la plus sécurisée de Madagascar. Comment vous en êtes-vous échappé ?
Houcine Arfa : On ne sort pas d’un tel endroit sans complicités. Je l’assume : j’ai été aidé au plus haut niveau de l’Etat malgache. J’ai versé 70 000 € à la ministre de la justice, 30 000 € au procureur en charge de mon dossier.* Cela m’a permis d’être transféré dans un établissement plus souple, et d’être emmené à l’hôpital avec une escorte allégée. Là, mes gardes m’ont emmené jusqu’à la ville de Tamatave. Mais je sentais que le contrat ne serait pas rempli, et qu’on allait m’arrêter à nouveau. Une équipe à moi a pris le relais. J’ai embarqué dans une pirogue. Trois heures durant, à la boussole, nous avons ramé à travers les courants violents du canal du Mozambique, puis nous avons été transbordés en haute mer dans une pirogue motorisée, jusqu’à Mayotte où nous avons débarqué discrètement.
Pourquoi vous être soustrait à la justice malgache ?
Parce que si j’étais resté, j’allais mourir. En six mois, j’ai perdu 20 kilos. A Tsiafahy, dès mon arrivée, j’ai été roué de coups de poings et de pieds par les gardiens, toujours ivres. Régulièrement, j’étais frappé avec une courroie d’alternateur, entourée d’une serviette éponge pour que ça ne laisse pas de marques. Là-bas, la vie n’a aucun prix, et j’ai vu plusieurs prisonniers mourir. J’ai été laissé dans une cage, surplombée par des gardiens qui vous insultaient ou vous urinaient dessus. Cet établissement est l’un des plus violents au monde, comme l’a documenté le comité international de la croix rouge (CICR).
A quel titre y étiez-vous incarcéré ?
J’ai été arrêté le 20 juin, et condamné en novembre à trois années de prison. Dès le départ, le dossier était vide. On m’a tout reproché, jusqu’à être l’auteur de kidnapping. Quand ma femme a rencontré le juge d’instruction, celui-ci a reconnu qu’il n’avait rien contre moi, mais s’est dédouané en disant que les instructions venaient de la présidence de la République. Mon avocat, Me Berton, est en possession de l’enregistrement de cette conversation.
On vous a aussi reproché d’avoir usurpé la fonction de conseiller présidentiel ?
Pourtant, tout le monde sait que j’étais le conseiller de l’actuel président, Hery Rajaonarimampianina (NDLR : surnommé «R»). Ancien sportif et boxeur, j’ai travaillé dans l’aéronautique à Toussus-le-Noble. Puis j’ai exercé dans le social. J’étais proche des équipes de François Mitterrand. J’ai aussi été directeur de la jeunesse à la mairie de Vigneux-sur-Seine (Essonne). A la fin des années 2000, j’ai été conseiller de l’ex-ministre socialiste Lucette Michaux-Chevry, en Guadeloupe. De là, j’ai monté ma société de consulting. J’ai travaillé pour plusieurs dirigeants africains, jusqu’à rencontrer en 2015 le président malgache.
Vos détracteurs vous qualifient de barbouze…
Je ne suis pas une barbouze. Je n’accepte pas ce terme. J’ai été embauché par le président pour former sa garde présidentielle. Soit 900 hommes sur les 30 000 de l’armée malgache. Il n’avait ni les moyens, ni la volonté de faire appel aux grandes puissances pour le faire. J’ai mis en place des techniques atypiques. Nous avons installé un hangar à avion, le «dôme», dans lequel les hommes s’exerçaient. Je les ai fait équiper de drones, et développé des entrainements à la fois efficaces et peu onéreux.
Et vous êtes devenu un intime du président ?
Oui. Nous étions très proches. Plusieurs fois par semaines, il venait visiter le dôme. Il adorait ça. Nous avions régulièrement des entretiens d’une heure trente environ, parfois plus. Voyez cette photo où il est en polo et short aux côtés de ma femme et ma fille. Très peu de gens peuvent se vanter d’une telle proximité. D’ailleurs, j’ai gardé tous mes badges et lettres d’accréditation. Qu’on ne vienne pas me dire que je suis un usurpateur.
Vous dites être tombé en disgrâce ?
J’ai dérangé des intérêts puissants, et me suis retrouvé au milieu d’une terrible guerre de clans. D’autres conseillers du président ont pris ombrage de cette intimité. L’un d’eux souhaitait que j’intervienne auprès du Président lorsque ce dernier a récupéré la licence de télévision Sky One pour en faire l’un des vecteurs de sa campagne. Je ne l’ai pas fait et l’intéressé m’en a voulu. Une première fois, sous la pression, «R» a mis fin à mon contrat de formation de la garde, fin 2016, tout en me demandant de rester à ses côtés. Début 2017, on m’a demandé de réfléchir à la protection de l’ethnie Karanes, qui tient les rênes de l’économie malgache, et est à ce titre particulièrement visée par les kidnappings. Je crois que c’est là que mon sort s’est scellé…
Craignez-vous aujourd’hui d’être extradé vers Madagascar ?
Non, car la France n’extrade pas ses nationaux. Dès mon retour, j’ai pris attache avec les équipes du président Macron. J’ai eu un accusé de réception, mais aucun retour officiel. Si j’étais coupable, je ne serais pas rentré en France. Je serais allé me cacher ailleurs en Afrique. Aujourd’hui, je dis aux autorités de mon pays, qui m’ont d’ailleurs très peu soutenu : si je suis coupable, prouvez-le. Autrement, laissez-moi tranquille.
Contactés à plusieurs reprises, ni l’ambassade de Madagascar en France, ni la brigade criminelle et la direction des affaires judiciaires à Madagascar n’ont donné suite.
Le 3 janvier, lors de ses vœux à la presse, Emmanuel Macron a laissé entendre qu’il souhaitait légiférer sur les fake news et sur les plateformes les hébergeant afin de « protéger la vie démocratique » en période électorale. Recours évoqués : les juges des référés et le CSA. Rappelons d’abord qu’un texte de loi, relativement désuet, jamais invoqué, mais non abrogé, existe déjà sur le sujet. Il est extrait de la célèbre loi du 29 juillet 1881 qui régit la liberté de la presse.
L’article 27 prévoit en effet de punir d’une amende de l’équivalent de 45 000 euros « la publication, la diffusion ou la reproduction par quelque moyen que ce soit de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler ». La disposition « par quelque moyen que ce soit », ajoutée ultérieurement, permet de toucher l’ensemble des médias, écrits, audiovisuels ou électroniques. L’article est donc utilisable contre les fake news. Et comme le remarque l’avocat François Sureau, « si on y tient absolument, on pourrait substituer ou ajouter le motif tiré de la paix publique prévu à cet article par un motif tiré de la nécessité de garantir la sincérité des scrutins ».
Dans leur grande sagesse, les législateurs de l’époque avaient prévu large. Rappelons le contexte. Comme le souligne l’historien des médias Christian Delporte, « la question de la vérité a été fondatrice d’une presse française qui a toujours été politique et s’est érigée en censeur du politique et en sentinelle du peuple, selon le mot de La Rochefoucauld ». Mais, depuis l’inscription de la liberté d’opinion en 1789 dans la Déclaration des droits de l’homme (article 11), celle-ci n’avait cessé d’être bafouée avec une égale détermination par les pouvoirs révolutionnaire, napoléonien, monarchiste et même républicain, en 1875. La presse, qui était alors surtout d’opinion et non d’information, était vue comme une menace pour tout gouvernement qui avait mis en place un arsenal préventif – autorisation, cautionnement, droit de timbre – afin de museler les opinions divergentes. L’opinion inscrite comme liberté en 1789 pouvait, au pays des libertés, devenir un délit.
Un catalogue de restrictions
Qui sont les républicains qui vont, à partir de 1876, déposer et discuter une vraie loi visant à l’abrogation de tous les décrets qui restreignaient la liberté de la presse ? Depuis la chute du gouvernement Thiers, en 1873, l’« ordre moral » était au pouvoir et les suppressions ou suspensions de journaux républicains se multipliaient. En 1876, le rapport de force commence à s’inverser et les républicains, de nouveau majoritaires à la Chambre, lancent l’idée d’une grande loi. Mais ils hésitent, encore fragiles. C’est justement sur le sujet de la liberté de la presse qu’éclate la grande crise du 16 mai 1877 où le président de la République, Mac-Mahon, obtient la démission de son président du Conseil, Jules Simon, qui y était favorable. La Chambre est dissoute, des élections sont organisées au cours desquelles, pour la dernière fois dans notre histoire, le gouvernement de Broglie, conservateur, via la Direction de la presse, tente par tous les moyens de propagande et de coercition d’entraver la campagne de ses rivaux républicains. Cette « mauvaise manière » marque les esprits et incite les députés républicains, une fois vainqueurs, à reprendre le débat à bras le corps.
Fin 1878, une nouvelle proposition est déposée, une commission de 22 membres étant chargée de rendre un rapport sous la présidence d’Émile Girardin, un libéral, grand patron de presse. « Mais on s’était tellement battu au XIXe siècle pour la liberté de la presse qu’il existe une quasi-unanimité pour voter cette loi à laquelle seuls 4 députés s’opposent », explique l’historien Christophe Charle.
En 1881, quelques points de divergence, vite résolus, sont cependant apparus durant les discussions. Aux députés qui voulaient inclure l’outrage à la République dans les délits, Clemenceau a répondu que « la République vit de liberté », sait très bien se défendre toute seule et qu’entre la répression et la liberté « il faut avoir le courage de faire son choix ». Les plus radicaux ont proposé en revanche qu’il n’y ait pas de délit spécial, la presse devant relever du droit commun et non du pénal. Ils n’ont pas obtenu gain de cause. Les députés voulaient bien accorder la liberté la plus large, supprimer le délit d’opinion, mais la presse devait tout de même être surveillée. « Si l’article 1 admet le principe de la liberté, le reste des articles n’est qu’un catalogue de restrictions, précise Renaud Le Gunehec, avocat, spécialiste du droit de la presse. Certes, on passe d’un régime de sanctions a priori à des sanctions a posteriori, mais la loi n’est guère libérale. Elle prévoit cependant des mécanismes très chafouins qui compliquent les poursuites contre la presse. Nuance essentielle. »
La dépêche d’Ems
« Cette loi de 1881 était prévue pour favoriser l’essor des journaux républicains, elle s’accompagne donc de garde-fous contre ceux qui porteraient des attaques contre la République », explique Christian Delporte. « Le contexte, ajoute Christophe Charle, est la crainte d’une presse catholique qui attise les conflits, dénonce les mesures du gouvernement dans la loi sur les congrégations, l’instruction laïque. Le climat d’affrontement est très violent, certains appellent à la revanche contre l’Allemagne dont les républicains ne veulent pas car ils veulent d’abord imposer leurs réformes. » D’où cet article 27, qui, en plus des diffamations et injures, les provocations aux crimes, les outrages aux bonnes moeurs, l’offense au président de la République, réprime la publication de fausses nouvelles pouvant troubler l’ordre public. « On a encore en mémoire la guerre de 1870 et le piège de la dépêche d’Ems [un texte rédigé par Bismarck qui rendait compte, d’une manière très insolente, de la réponse négative que le roi de Prusse donnait à une entrevue réclamée par l’ambassadeur de France, NDLR], manipulation allemande relayée par les journaux, qui a entraîné le conflit », explique Delporte. « Le souvenir des troubles autour des incendies de la Commune n’est pas loin », estime de son côté François Sureau.
Par ailleurs, la presse, à l’époque, est très corrompue, susceptible d’être achetée par des intérêts étrangers ou privés. Il faut donc se prémunir. Il est significatif qu’à l’époque certains députés aient émis des doutes sur les risques qu’il y avait, selon eux, à laisser les juges apprécier la fausseté d’une nouvelle. Risques qui pourraient se représenter. « Mais l’article en lui-même ne sera jamais invoqué en temps normal, ajoute Delporte. Seule l’instauration de la censure en temps de guerre appliquera ce terme de fausse nouvelle au défaitisme, ce qui permettra de suspendre des journaux et même de condamner à mort certains journalistes. » Du reste, l’article 27 sera étendu aux fausses nouvelles affectant le moral de l’armée et l’effort de guerre.
Esprit plus répressif
Le formalisme de la loi, autrement dit, la complexité de ses procédures, va déboucher sur une presse à même de déclencher des scandales et d’attaquer des hommes politiques. « Même le président Casimir-Perier, après une campagne calomnieuse à son encontre, perdra son procès », rappelle Christophe Charle. La loi de 1881 a cependant été souvent utilisée pour traduire devant la justice des journalistes. Le contentieux est si massif qu’une chambre est destinée à cet usage exclusif à la cour d’appel de Paris. Avec quelle sévérité ? « Cela dépend de l’air du temps et du sujet », répond Renaud Le Gunehec, qui constate ainsi que, depuis une dizaine d’années, le secret des sources est moins bien protégé, la jurisprudence liée à l’essor d’Internet s’infléchissant vers un esprit plus répressif.
La réponse adaptée aux fake news, c’est l’exercice de la démocratie qui est l’exercice solitaire du jugement du citoyen, et non son infantilisation dans une grande nurserie.
Concernant Internet et les réseaux sociaux, au cœur des préoccupations d’Emmanuel Macron, l’avocat François Sureau pointe du doigt la sophistication nouvelle des processus de diffusion : « On peut mélanger les bonnes sources, les propos politiques, les véhicules électroniques, le détournement d’algorithmes publicitaires, le tout en comptant sur la crédulité des lecteurs. Et tout cela en bénéficiant de la connivence des plateformes “respectables” que tout le monde utilise (Facebook, Twitter, etc.). Quant aux médias traditionnels, parce qu’ils sont souvent déficitaires et soucieux d’accroître leurs recettes publicitaires, ils s’ouvrent volontiers au sensationnalisme : ce sont les rubriques “ailleurs sur le Web” ou sponsored articles. » Bref, le problème est immense, mais l’appel au juge des référés est-il la bonne solution ? « Ce juge est celui de l’évidence. Il sera d’autant plus prudent qu’il s’agit de liberté de l’information. Le résultat, c’est que dans la plupart des cas il rejettera les recours. La conséquence est simple : la nouvelle mensongère, parce qu’elle aura fait l’objet d’un refus de censure de la part du juge, sera considérée comme vraie. Et son crédit sera accru d’autant. »
Démocraties fragilisées
Sureau pose d’autres questions qui n’ont pas été soulevées : pourquoi se limiter aux opérateurs et non aux propos des candidats ou des ministres ? Pourquoi s’en tenir à la période de la campagne électorale, alors qu’un candidat pourrait avoir été torpillé au préalable par une fausse information ? Considère-t-on le citoyen majeur avant le début de la campagne, mineur ensuite, devant s’en remettre à la science infuse du juge ou du CSA ? « La réponse adaptée aux fake news, c’est l’exercice de la démocratie qui est l’exercice solitaire du jugement du citoyen, et non son infantilisation dans une grande nurserie. Les risques des propagandes mensongères sont énormes, c’est entendu, mais le pari de la société libre, c’est que l’intelligence de ces membres saura les déjouer. C’est un pari total. On ne peut pas ruser avec lui. On ne peut pas réglementer dans les coins. » On songe au portrait subtil que Mona Ozouf dessinait l’an dernier de Jules Ferry. Hanté par le projet de faire durer la République loin des chaos hystériques et autoritaristes de notre Histoire, le chef du gouvernement qui promulgua la loi du 29 juillet 1881 était partagé entre le souci de l’unité spirituelle de la nation et la nécessité de la liberté et de son exercice, même si celui-ci pouvait être source de désordre. Une liberté de conscience et d’examen, la seule à même d’ancrer la démocratie dans les esprits.
Mais les exemples américain ou anglais (élection de Trump, Brexit) ont démontré que nos démocraties, fragilisées, ne sont plus à l’abri d’une déferlante délibérée de fausses nouvelles. Sureau ne nie pas le danger. « Imposer des obligations de transparence aux plateformes, et qu’on puisse connaître les “donneurs d’ordre”, pourquoi pas ? Mais s’il s’agit d’organiser un référé spécifique allant au-delà de la loi de 1881, qu’on le borne à des hypothèses avérées de fabrication de documents permettant des actions de propagande massives. Et que le juge ne soit saisi que de cela. »
À la lumière de certains épisodes récents, on constate qu’Internet et les réseaux sociaux sont aussi le prétexte saisi par les politiques pour écorner sérieusement cette liberté de la presse. Dernier exemple en date : les amendements déposés par trois sénateurs de tous bords durant l’été 2016 lors du vote de la loi Égalité et citoyenneté. Ces amendements visaient à prolonger de trois mois à un an la prescription pour un article paru sur Internet, souhaitaient pouvoir requalifier tous les délits de presse en cours de procédure, une atteinte à son formalisme, et permettre de ne plus passer par cette loi contraignante pour réprimer tout abus de la liberté d’expression. Devant la levée de boucliers déclenchée, ils ont été retoqués par l’Assemblée. Mais la nouvelle donne des réseaux sociaux, et son flot de messages qui inonde notre monde numérique, pourra-t-elle être maîtrisée par une reformulation de la loi de 1881 comme le souhaite Emmanuel Macron, fondée sur le mécanisme du juge qui officie a posteriori ? Pas certain. Au contraire, pour Le Gunehec, cette « conversation permanente » de la planète pourrait avoir raison même de la loi et déboucher sur une autorégulation qui ne serait, là encore, qu’un exercice intelligent de la démocratie.
À lire :
« Histoire de la presse en France », de Christian Delporte (Armand Colin).
« Pour la liberté », de François Sureau (Tallandier).
« Jules Ferry. La liberté et la tradition », de Mona Ozouf (Gallimard).
Un acquis de la Révolution malmené par le XIXe siècle
26 août 1789 La liberté d’expression – et donc de la presse – est inscrite dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. L’article 11 stipule que tout citoyen est libre de fonder un journal, principe réaffirmé dans la Constitution de 1791.
29-31 mars 1793 Un décret promulgué sous la Terreur remet en question cette liberté.
3 août 1810 Par décret, il n’y a plus qu’un journal politique dans chaque département, placé sous l’autorité du préfet. Puis la censure est rétablie. Seul Le Moniteur est habilité à parler politique ; Napoléon en rédige parfois les articles sous pseudonyme.
Juillet 1815 Une ordonnance supprime la censure. Mais la presse reste soumise à la validation préalable des articles par un rédacteur désigné par les autorités au sein du journal.
1822 La loi de 1819, qui libéralise le droit de la presse, est abrogée.
25 juillet 1830 Une ordonnance rétablit la censure absolue. Elle sera une des causes de la révolution de 1830, initiée par des journalistes politiques.
1848 L’article 8 de la Constitution de la IIe République française réinscrit la liberté de la presse.
17 février 1852 Des décrets encadrent de nouveau la création et la publication des journaux.
11 mai 1868 Une loi préfigure la liberté de la presse en supprimant dans son article 1 l’autorisation préalable obligatoire. Seuls subsistent le cautionnement et la déclaration avant publication.
29 juillet 1881 Loi sur la liberté de la presse. Seuls 4 députés votent contre.
Une liberté très encadrée
Adoptée le 21 juillet 1881, la loi comporte 70 articles dont la plupart sont des restrictions à la liberté de la presse, une fois ce principe posé. En voici un éventail. Article 1 : l’imprimerie et l’édition sont libres. Article 13 : le droit de réponse d’une personne mise en cause doit être inséré dans les trois jours pour un quotidien ou dans le numéro suivant pour un autre périodique. Article 29 : toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation. Article 65 : la prescription des poursuites est réduite à trois mois afin de protéger la liberté de la presse, mais la mise en ligne d’un article renouvelle ce délai de trois mois.
http://www.lepoint.fr/editos-du-point/sebastien-le-fol/1881-la-vraie-loi-contre-les-fausses-nouvelles-12-01-2018-2185942_1913.php
Dans un communiqué de presse, le ministère de la Justice indique qu’un mandat d’arrêt international est lancé contre Houcine Arfa. Il demande aux autorités françaises l’application de l’accord de coopération de 1973.
«La procédure est déjà lancée ». Telle est l’explication du juge Andry Rabarisoa, directeur de cabinet de la ministre de la Justice, lors d’un entretien téléphonique hier. Dans un communiqué de presse, le département ministériel de Faravohitra a indiqué qu’un mandat d’arrêt international a été lancé à l’encontre d’Houcine Arfa.
Une démarche qui, d’après le juge Rabarisoa, permet à l’État malgache de demander à la France, où s’est enfui le fugitif, d’appliquer les termes de l’annexe III concernant les affaires judiciaires, de l’accord de coopération signé le 4 juin 1973. Cette annexe qui parle « d’extradition simplifiée » des personnes poursuivies ou condamnées souligne toutefois que « les deux États n’extradent pas leurs nationaux respectifs ».
Le texte prévoit, néanmoins, que « si la personne dont l’extradition est demandée est un national de l’État requis, cet État, à la demande de l’État requérant soumet l’affaire à ses autorités compétentes, afin que des poursuites judiciaires soient exercées, s’il y a lieu, à l’encontre de cette personne. L’État requérant sera tenu informé de la suite qui aura été donnée à la demande ». Selon le directeur de cabinet de la Garde des sceaux, le mandat d’arrêt international doit conduire à l’arrestation de l’évadé.
« Les éléments permettant son arrestation sont réunis », indique le directeur de cabinet de la Garde des sceaux. De ce fait, par le biais du ministère de la Justice, l’État malgache demanderait que la Justice française poursuive Houcine Arfa pour son évasion et « qu’il purge le reste de sa condamnation en France », l’extradition ne pouvant pas se faire. Les éléments d’enquête nécessaires à la poursuite auraient déjà été envoyés aux autorités judiciaires françaises.
Arrêté le 20 juin et condamné à trois ans de prison ferme à la maison de force de Tsiafahy pour « détention d’arme et de munitions, association de malfaiteurs, usurpation de fonction et tentatives de kidnapping », le fugitif s’est évadé le 28 décembre.
Infraction politique
Profitant d’un transfert de nuit pour des soins hospitaliers, cet ancien officier de l’armée française qui, dans la presse française se présente comme un « conseiller en sécurité » du Président de la République, s’est fait la malle.
Une fuite durant laquelle il a rejoint Mayotte à bord d’une petite embarcation, pour prendre un vol pour la France, comme il l’a raconté à Radio France internationale, notamment.
Dans la presse française, il dénonce pourtant, « un emprisonnement arbitraire et politique », car il disposerait « d’informations compromettantes concernant plusieurs conseillers du chef de l’État ». Selon RFI, Houcine Arfa affirme que « ces conseillers sont impliqués dans divers trafics, notamment, de bois de rose et de vanille ».
L’annexe III de l’accord de coopération prévoit, par ailleurs, que « l’extradition peut être refusée si l’infraction pour laquelle elle est demandée est considérée par l’État requis comme une infraction politique ou comme une infraction connexe à une telle infraction ». Les circonstances de l’évasion de l’ancien militaire amènent à penser que le sujet pourrait dépasser le cadre judiciaire. Le fait qu’il ait pu embarquer dans un avion pour la France et y atterrir sans crainte intrigue, alors qu’étant condamné, son passeport devait lui être confisqué.
L’ambassade de France, du reste, n’a pipé mot sur l’affaire. Dans un entretien téléphonique sur RFI toujours, Houcine Arfa indique que sa fuite a été possible grâce « aux relations et la confiance » qu’il a tissées avec « des généraux, la direction pénitentiaire, des anciens ministres, des militaires ».
Le communiqué du ministère de la Justice rappelle que trois membres du personnel pénitentiaire accusés d’implication dans l’évasion sont en détention préventive à Tsiafahy, depuis le 4 janvier. Au niveau national, « l’enquête suit son cours normal et peut révéler d’autres complicités », ajoute la missive. Ce qui ne serait que logique, étant donné les révélations faites par Houcine Arfa. La réponse des autorités judiciaires françaises est aussi attendue.
Garry Fabrice Ranaivoson
Inculpés pour complicité dans l’évasion du Français Houcine Arfa, soupçonné d’attentat contre le Président, trois agents pénitentiaires ont été placés à Tsiafahy.
Retour de manivelle. Inculpés pour complicité dans l’évasion rocambolesque du ressortissant français Houcine Arfa dans la nuit de jeudi à vendredi, trois agents pénitentiaires ont été placés en détention préventive à la maison de force de Tsiafahy au terme de leur comparution au parquet avant- hier. Cette triple incarcération intervient 24 heures après la reconstitution des scènes de l’évasion entre Ambohitrarahaba et Ampasampito, sous les indications des prévenus. Lors des enquêtes préliminaires à la brigade criminelle, d’autres personnes ont été entendues mais l’étau judiciaire s’est finalement resserrée autour des trois gardiens de prison d’Antanimora. L’évasion qui leur a coûté la liberté est survenue dans la nuit du jeudi 28 au vendredi 29 décembre. Ayant réussi à se glisser à travers les mailles des filets tendus par les autorités malgaches, le fugitif l’a annoncé par truchement médiatique, 72 heures après son arrivée en France. Ayant réussi à rejoindre le littoral Nord-Ouest de Madagascar en véhicule, après s’être fait la malle pour aussitôt sauter à bord d’une embarcation à moteur faisant cap sur le département français d’Outre-Mer de Mayotte, Houcine Arfa a ensuite pris l’avion pour atterrir à Paris lundi, où il s’est confié à un avocat, Me Philippe Gumery, avant qu’il ne s’adresse à la presse.
Mandat international
La déclaration de l’évadé a provoqué un séisme. Les recherches ont été de ce fait étendues et des coopérations sollicitées. Un mandat d’arrêt international est attendu. Des complices potentiels de l’évadé ou des personnes susceptibles de permettre de remonter de fil en aiguille jusqu’à celui-ci ont été soumis au feu roulant des questions.
Âgé de cinquante-quatre ans, Houcine Arfa a été placé sous mandat de dépôt le 22 juin après avoir été pris en possession de matériel de tireur d’élite, dont des accessoires de camouflage ainsi que des armes. Il était également soupçonné de recrutement de mercenaires. Prise au sérieux, la menace potentielle qui planait sur le Président de la République a été du coup contrecarrée avec un dispositif de sécurité inhabituel. Lors du défilé à Mahamasina, l’emplacement du Président et des chefs d’institution a été sécurisé avec des vitres blindées.
Par le passé, Houcine Arfa a travaillé pour le président Hery Rajaonarimampianina en qualité de «conseiller» chargé de la sécurité, selon une révélation du journal en ligne Le Parisien.
Début novembre, il a écopé de trois ans de prison ferme pour usurpation de fonction et extorsion de fonds lorsque le tribunal de première instance d’Antananarivo a rendu son verdict. Transféré à la maison centrale d’Antanimora pour raison de santé après un séjour carcéral parmi les détenus criminels de Tsiafahy, il a réussi à se faire la belle lors d’un transfert à l’hôpital, «avec la complicité du personnel» d’après sa déclaration à l’Agence France Presse (AFP).
Seth Andriamarohasina
Pendant des années, Nirina Ravelohanitra, gérante de la société de transit de Smart Cargo a escroqué une centaine d’opérateurs économiques, ce qui lui a permis d’amasser une fortune.
Par la suite, pour contourner les actions pénales et civiles de ses victimes, elle s’est empressée de se faire élire député à Antsirabe. Aujourd’hui, elle crie haut et fort qu’elle est intouchable en raison de son statut de député qui lui permet de bénéficier d’une immunité, ce qui a le don d’agacer ses victimes.
Les victimes de Nirina Ravelohanitra et de son frère Alfred ont bien porté plainte mais elles se sont cassé les dents, à cause des enquêtes préliminaires à la police et à la gendarmerie qui traînent, quand elles ne sont pas classées. Il faut dire que Nirina Ravelohanitra sait utiliser à profit ses charmes de jeune femme, quand elle ne se livre pas purement et simplement à des actes de corruption.
Les victimes ont bien fait de médiatiser l’affaire. Notre journal a été le premier à dénoncer les agissements crapuleux de Nirina Ravelohanitra et les complicités mafieuses dont elle bénéficie. Cependant, la jeune femme a plus d’un tour dans son sac. Après avoir perdu son immunité parlementaire, et après avoir été abandonnée par tous ses protecteurs, elle ira se réfugier en Asie où elle a dissimulé plusieurs millions de US Dollars jamais divulgués au Bianco lorsqu’elle a établi sa déclaration de patrimoine en qualité de député. Une interdiction de sortie du territoire contre elle ? Elle s’en moque éperdument puisqu’elle connait du monde au Tribunal, au Ministère de l’Intérieur et à l’aéroport.
Dans la nuit du jeudi 28 décembre 2017, un Français s’est évadé de la prison centrale d’Antananarivo, la capitale de Madagascar. Houcine Arfa, 54 ans, qui avait été chargé de la sécurité du président Hery Rajaonarimampianina à partir de janvier 2016, a profité d’une consultation à l’hôpital pour s’enfuir. Après quinze heures de traversée en kwassa (une barque de pêcheur à moteur), l’homme a rejoint l’île française de Mayotte, dans l’océan Indien. Il a ensuite pris un petit avion en direction de l’île de la Réunion avant d’arriver lundi à Paris, où il se trouve actuellement.
Pour les autorités malgaches, l’incompréhension est totale. Qui étaient ses complices ? Comment a-t-il pu quitter la Grande Ile sans que personne ne s’en aperçoive, sachant que la capitale est à dix heures de route des côtes ? Houcine Arfa ne veut pas le préciser et choisit les éléments de son récit. La police nationale malgache, elle, n’en dit pas plus. Quand on lui demande des précisions, le lendemain de l’arrivée du détenu à Paris, elle fait mine de ne pas savoir. Pour le moment, des investigations sont en cours. Jean Rostand Rabiahaliy, directeur du cabinet de la sécurité publique, est circonspect. « Je ne dirais pas qu’il y a eu une défaillance de la police nationale. Ce qu’il faudrait savoir, c’est qui l’a aidé. »
« Je devenais gênant »
Joint par téléphone, Houcine Arfa assure avoir bénéficié de la complicité « de militaires, d’anciens ministres et du personnel pénitentiaire ». Un avis de recherche, diffusé à la télévision locale mardi, a été lancé par les autorités malgaches à son encontre ainsi que contre son épouse, Marie-Claude Arfa, pour complicité d’évasion.
Arrêté le 20 juin 2017 et condamné à trois ans de prison pour « détention illégale d’armes à feu et de munitions, tentative de kidnapping, association de malfaiteurs et usurpation de fonction », l’ex-conseiller « sécurité » du président était détenu depuis dans une prison de haute sécurité qu’il qualifie de « camp de concentration », à Tsiafahy, dans la banlieue d’Antananarivo. « J’ai été torturé et je vais peut-être perdre l’usage de mon pied gauche », affirme Houcine Arfa. « Si je ne m’évadais pas, j’allais mourir », a-t-il déclaré à l’AFP, affirmant avoir perdu dix-neuf kilos en deux mois et demi.
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Ce spécialiste en stratégie militaire a déjà travaillé dans plusieurs pays d’Afrique. « Je m’entendais très bien avec le président, témoigne-t-il. On pouvait passer des heures à discuter. J’avais la confiance totale de Hery. Progressivement j’ai été chargé de sa sécurité. On étudiait des schémas tactiques ensemble. » Une source au sein du cabinet présidentiel confirme qu’il a bien été formateur de la garde présidentielle pendant quelques mois en 2016 mais sans donner plus d’informations.
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Quand on demande à Houcine Arfa pourquoi il a été arrêté, son débit s’accélère et la réponse fuse : « C’est un dossier monté contre moi ! J’étais chargé de nettoyer l’entourage du président. Je devenais gênant pour certains conseillers. J’ai commencé et je me suis retrouvé face à une armée d’escrocs ! » Des « escrocs » qu’il n’hésite pas à désigner : des conseillers proches du président, au sujet desquels il dit avoir « des preuves les incriminant dans divers trafics comme le bois de rose, les tortues, la vanille… », préférant toutefois se taire pour l’instant sur les conseils de son avocat, Me Philippe Guméry. Un avocat resté flou au téléphone, précisant qu’il n’avait pas encore pris connaissance de tous les éléments. Le Bureau indépendant anticorruption malgache (Bianco) a, quant à lui, confirmé n’avoir aucun dossier sur Houcine Arfa.
Extradition
La police nationale et la procureure de la République auprès du tribunal de première instance d’Antananarivo attendaient mercredi que le gouvernement français confirme officiellement la présence de Houcine Arfa sur le territoire avant de lancer un mandat d’arrêt international. Houcine Arfa dit avoir « alerté l’Elysée » dès son arrivée à Paris, lundi 1er janvier. L’ambassade de France n’a pas souhaité commenter cette affaire, faute d’éléments et précise que « Houcine Arfa a bénéficié de la protection consulaire à partir du moment où il a eu des ennuis avec la justice malgache, comme tout ressortissant français ».
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Jeudi soir, Andry Rabarisoa, le directeur de cabinet du ministère de la justice, a annoncé qu’un mandat d’arrêt international demandant l’extradition de M. Arfa allait être délivré et transmis à la France.
Par Laure Verneau (contributrice Le Monde Afrique, Antananarivo)
http://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/01/05/un-francais-s-evade-de-madagascar-en-barque-et-rentre-a-paris_5237914_3212.html#OsoWeMWo3Xfi8C8h.99
Houcine Arfa Un Français s’évade de Madagascar en barque et rentre à Paris le monde du 5 janvier 2018
Un évadé d’Antanimora dénonce une complicité du personnel pénitentiaire. Il a été incarcéré pour tentative d’assassinat à l’encontre du Président Hery Rajaonarimampianina.
Une déclaration qui ouvre la boîte de Pandore. Après son évasion rocambolesque dans la nuit de jeudi à vendredi, Houcine Arfa, un ressortissant français âgé de cinquante-quatre ans, activement recherché pour tentative d’assassinat contre le président de la République, a donné du fil à retordre aux autorités en annonçant, par le truchement de l’Agence France Presse (AFP), son arrivée en France depuis lundi.
Philippe Gumery, son avocat a relayé sa saga. Pas avare de détails, l’évadé est passé au déballage. « Le fugitif a expliqué avoir profité d’une visite à l’hôpital à Antananarivo pour s’évader, jeudi, avec la complicité du personnel», souligne le journal en ligne Le Parisien, dans un article publié depuis avant hier.
Comme réponse du berger à la bergère, un ayant voix au chapitre auprès de l’administration devance chahuts et remue-ménage en indiquant que cette affaire est au coeur des préoccupations. « Des mesures radicales seront préconisées. Leur mise en oeuvre est en étude. Des décisions seront prises dès demain (NDLR: ce jour). Les membres du personnel incriminés encourent une traduction devant le conseil de discipline. Ils risquent la radiation. Il revient au ministère de la Justice de statuer », tonne avec ferveur ce responsable.
Avançant vraisemblablement dans ses investigations, depuis la publication de l’avis de recherche contre Houcine Arfa et son épouse, la police criminelle resserre l’étau autour de deux gardes pénitentiaires. Le quidam semble s’être fait la belle au nez et à la barbe de ces deux gardiens de prison qui avaient la charge de le tenir à l’oeil au moment des faits.
Crainte d’attentat
Inspirant soupçons, ces deux présumés complices sont actuellement placés en garde à vue à la brigade criminelle et d’autres personnes soupçonnés d’avoir été en relation avec l’évadé ont été elles aussi soumises au feu roulant des questions.
Le plan d’évasion était réglé comme une horloge. Pour lever un pan de voile sur ce mystère, les enquêteurs l’ont passé au crible dans la matinée d’hier, en effectuant une reconstitution entre Ambohitrarahaba et Ampasampito, sous les indications des deux agents pénitentiaires.
« Nous sommes en passe de clôturer notre enquête pour présenter au parquet le dossier ainsi que les personnes incriminées. Un mandat d’arrêt international sera attendu par la suite. Si l’évadé se trouve bel et bien en France, une coopération judiciaire est de mise », avance d’un ton d’incertitude une source auprès du ministère de la Sécurité publique.
Conseiller du Président
En tout cas, rien ne semble avoir été laissé au hasard dans cette évasion. Ayant réussi à dérouter tout contrôle, le Français a rejoint le Nord Madagascar en véhicule où il a d’emblée pris une embarcation à moteur pour faire une trouée dans les côtes du département français d’Outremer de Mayotte, où il a pris l’avion pour s’envoler en métropole selon, la presse.
Son avion a atterri à Paris, lundi. À côté, les éléments des forces de l’ordre lancés à ses trousses n’y ont vu que du feu.
Placé en détention préventive à la maison de force Tsiafahy quelques jours avant la célébration de la fête de l’indépendance après que du matériel de tireur embusqué, dont des accessoires de camouflage ainsi que des armes d’exercice ont été découverts en sa possession, Houcine Arfa a nourri une crainte d’attentat contre le Président pendant la parade militaire du 26 juin. Le logis des officiels a été de ce fait quadrillé de vitre pare-balles.
Par le passé, Houcine Arfa a travaillé pour le président Hery Rajaonarimampianina en tant que « conseiller » chargé de la sécurité fin 2015.
Placé sous mandat de dépôt à la maison de force de Tsiafahy le 22 juin lorsque cette affaire de déstabilisation a éclaté au grand jour, il a écopé de trois ans de prison ferme en novembre.
L’accusé est condamné pour usurpation de fonction et extorsion de fonds d’après l’extrait des minutes de greffe de la cour correctionnelle d’Antananarivo. Transféré à la maison centrale d’Antanimora pour raison de santé jeudi, il a réussi se faire la belle lors d’un prétendu transfert à l’hôpital.
Seth Andriamarohasina