Scandales à Nosy Be – Spoliation des terrains de la Sirama (5ème partie) – La gazette de la grande ile du 24 octobre 2018

La spoliation des terrains de la Sirama sera l’un des nœuds gordiens que le prochain Chef de l’Etat élu devra démêler. Le litige ne pourra pas être résolu par la seule sphère judiciaire, car il y a trop d’intérêts et de problèmes en jeu. Pour rappel, des dirigeants et des employés de la Sirama ont eu le mauvais goût de vendre des milliers d’hectares de terrains plantés de canne à sucre à des investisseurs indopakistanais qui comptent blanchir leur argent à travers des projets immobiliers hors de prix. Etant donné que ces investisseurs indopakistanais sont connus sur la place et sont habitués à jouer dans la cour des grands, leur premier réflexe sera de faire jouer leurs relations politiques au plus haut niveau et d’offrir des mallettes, afin d’éviter toute poursuite judiciaire. Les deux conseillers de Hery Rajaonarimampianina cités dans cette sombre affaire feront de même pour se disculper. Le problème est que les personnes physiques et morales lésées par cette vente illicite entachée d’escroquerie, de corruption et de recel, ne comptent pas lâcher l’affaire. En plus de saisir la justice, ces personnes vont interpeller les médias nationaux et internationaux. Ils seront dans leur droit, car c’est leur outil de travail qui a été détruit et c’est leur gagne-pain qui a été anéanti par la vente de ces milliers d’hectares de terrains appartenant à la Sirama. Etant donné qu’on assistera à des émeutes de milliers d’individus qui ont perdu leur emploi, Nosy Be ne tardera pas à s’enflammer, d’où l’intervention forcée du nouveau Chef de l’Etat ou au moins de son Premier ministre qui devra encourager la justice à faire son travail. En principe, les auteurs et les complices de cette magouille de haut vol devront être sanctionnés pénalement et les terrains devront être restitués à la Sirama, mais tout cela reste théorique. Comme d’habitude, les seconds couteaux serviront de boucs-émissaires. Ils passeront quelques semaines ou quelques mois derrière les barreaux, avant d’être libérés grâce aux interventions grassement payées par les gros bonnets indopakistanais, lesquels s’en tireront par une pirouette. Même si, comme ses prédécesseurs, le prochain Président de la République élu rompt sa promesse de lutter contre la corruption, notre journal dénoncera sans cesse les agissements des groupes mafieux qui se gavent au détriment de l’intérêt général et mettent en péril l’économie nationale.  Lola R et Ranary

Amnesty International : Ny mahantra no migadra eto Madagasikara – La gazette de la grande île du 24 octobre 2018

Nanao valan-dresaka ho an’ny mpnao gazety ny Amnesty International omaly talata faha 23 oktobra 2018 tetsy amin’ny toeram-pandraisam-bahiny Carlton Anosy. Mahakasika ny zon’olombelona no nanomezany fanazavana amin’izany ka ny fiainan’ny voafonja eto Madagasikara no nabaribariny ho ren-tany sy ho ren-danitra. Nisy boky izay navoakan’izy ireo amin’ny fitenim-pirenena telo dia Malagasy sy Frantsay ary anglisy. Nampitondrany ny lohan-teny hoe: “Voasazy satria mahantra, fitanana am-ponja vonjy maika tsy ara-drariny, tafahoatra ary mitarazoka eto Madagasikara”. Naka ohatra mivantana mahakasika ny fonja maromaro eto Madagasikara ny Amnesty International ireto, izay nampiany sary manaporofo izany amin’ny fiainan’ny voafonja amin’izao taona 2018 izao. Teto Antananarivo, Manakara no noraisiny ohatra amin’ity boky ity izay mitantara ny fijalian’ny voafonja ireo. Isan’ny apetrak’ity fikambanana ity fa tsy mety ny fitanana am-ponja vonjy maika tsy ara-drariny, tafahoatra ary mitarazoka eto Madagasikara ankehitriny. Nanao fanambarana noho izany izy ireo. Ny fampidirana am-ponja vonjy maika izay voapanga amin’ny heloka bevava mbola ampiandrasina fitsarana, izay mety hiandry izany ao anatin’ny taona maro. Lasa ny olona tsy voaheloka indray no betsaka miditra am-ponja noho ireo voaheloka. Ny ankabetsahan’izany dia ireo lehilahy, vehivavy ary ankizy mahantra. Tsy manana fahefana akory haka mpisolovava izy ireo. Mizaka fijaliana sy fanagadrana noho izany ka dia matetika dia mizaka herisetra sy tsy fahampian-tsakafo ary tsy fahasalamana. Izany nefa dia maro amin’izy ireo no tsy manan-tsiny akory. Milaza ny Amnesty International fa fotoana tokony hanavaozana ny rafitra ny fitsarana sy ny fonja izao. Mampirisika ny pôlisy na mpitandro filaminana ary ny fitsarana amin’ny fampitsaharana ny fandefasana ny olona rehetra ho tanana any am-ponja vonjy maika, fa kosa hampiasa ireo fomba hafa ankoatra izany izay voalazan’ny lalàna. Ilaina ihany koa ny fampihenana ny efa fahafenoan’olona be loatra ao am-ponja mba ho antoka ny zon’olombelona eto Madagasikara. Jesy Rabelaolao

Le procès du trafic des tortues est ajourné à Tuléar car le juge et l’avocat de la défense sont des époux – Lexpressmada du 24 octobre 2018

La découverte d’un gros trafic potentiel de tortues, en avril dernier, a scandalisé plus d’un. Le procès y afférent risque de traîner avec un premier ajournement. Ajourné. Le procès sur le vol de plus de dix mille tortues saisies à Betsinjaka Toliara est reporté à demain. Cette décision du tribunal déplaît aux membres de la société civile œuvrant en faveur de l’environnement. Ils ont manifesté leur mécontentement après trouvées dans des chambres, dans la cuisine  et les toilettes. Après les enquêtes préliminaires et d’investigation, ainsi que le dépôt de plainte fait par le ministère de l’Environnement, de l’écologie et des forêts représenté par sa direction régionale d’Atsimo- Andrefana, trois personnes ont été suspectées, dont la propriétaire, le gardien et un homme qui a nourri les tortues. Le vice-président de la plateforme « Fatidran’ny ala maiky sy ny riake » (Famari), Vernet Rakotomanantsoa, confie que des zones d’ombre couvrent l’affaire. « Le lien de parenté entre le juge et l’avocat de la défense des époux, explique le renvoi de l’affaire. Nous n’avons plus confiance en la justice. Ce qui s’est passé reflète des magouilles, mais nous ne baisserons pas les bras », insiste-t-il.   Habitat naturel Cette affaire a traîné à cause de diverses pressions dont des intimidations, comme le souligne Soary Randrianjajzanaka, directeur régional de l’Environnement, de l’écologie et des forêts (DREEF) d’Atsimo-Andrefana. Elle explique que les tortues qui sont des animaux sauvages et libres ne peuvent ni être apprivoisées, ni consommées, ni commercialisées. Elles doivent se trouver en liberté dans leur habitat naturel. L’audience de demain sera couplée avec celle d’une affaire de trafic de tortues impliquant un ressortissant chinois. Les membres du réseau d’acteurs incluant le Bianco, la justice, la police, la gendarmerie nationale, la DREEF, les organisations de la société civile et les partenaires dont WWF attendent l’aboutissement du procès. Fara Raharijaona  

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Rahararaha Sokatra tao Toliara – Mpivady ny mpitsara sy ny mpitsara – La vérité du 24 octobre 2018

Mahavariana loatra ny nahafantarana fa mpivady ny mpitsara ilay raharaham-pitsarana, nahatrarana sokatra maherin’ny 10 000 tany Toliara, sy ny mpisolovava ireo voampanga. Voatery nahemotra ny fotoam-pitsarana. Tsy tanteraka ny fitsarana ireo voarohirohy mikasika ny raharaha nahatrarana sokatra miisa 10 196 tokony natao, omaly tany Toliara. Antony, tsikaritra fa mpivady ny mpitsara misahana ny raharaha sy ny mpisolovava ireo voampanga. Araka izany, voatery nahemotra rahampitso alakamisy 25 oktobra ny fotoam-pitsarana. Tsiahivina fa olona telo ireo voarohirohy amin’ity raharaha ity, ny tompon’ilay trano nahatrarana ireo sokatra, sy ny mpiandry tanàna miisa roa. Mahavariana ny tranga toy izao, raha tarafina amin’ny tokony hisian’ny fahaleovantenan’ny fitsarana, tsy miangatra, ka tsy ahitana soritra ny lafiny fianakaviana. Hisy raharaha sokatra hafa koa amin’io fotoana rahampitso io,  maha voarohirohy teratany sinoa roa. Manara-maso akaiky ny iraisam-pirenena Mitaky ny hampiharana ny sazy hentitra amin’ity raharaha ity ny fikambanana iraisam-pirenena miaro ny ny tontolo iainana, ny WWF, ny Durrell ary ny Turtle Survival Alliance (TSA), araka ny lalàna 2005-018, mifehy ny biby arovana sy tandindomin-doza, toy ny sokatra. Takin’izy ireo koa ny fanarahana ny fifanarahana iraisam-pirenena misahana ny biby sy ny zavamaniry tandindomin-doza (Cites), nanaovan’i Madagasikara sonia. Miantraika any amin’ny fanohanan’ny vondrona iraisam-pirenena an’i Madagasikara amin’ny lafiny rehetra ny tsy fampiharana ny lalàna, ny tsy fankatoavana ny fifanarahana iraisam-pirenena ary ny tsy famaizana mafy ny meloka. Hanamarinana izany, voasazy hatrany i Madagasikara amin’ny fitantanana ny andramena satria tsy nankatoavin’ny Cites ny drafitrasa naroso hatramin’izay. Hatreto, tsy voasazy ny mpanao trafika, na efa nijoro aza ny fitsarana manokana misahana ny andramena. Randria sy CMS

Prisons 5 étoiles à Madagascar avec une centaine de morts en détention en 2017 – lexpressmada du 24 octobre 2018

C’est depuis des années que cela dure. Les réalités dans les prisons n’ont jamais connu d’amélioration malgré le changement de dirigeants. Prisons en piteux état et surpeuplées, détenus sous alimentés, hygiène déplorable, détention préventive exagérément prolongée, prévenus noyés parmi les condamnés… L’Union européenne, les autres chancelleries, les organismes onusiens ont eu beau visiter les principales maisons de détention et interpeller l’État sur son devoir, rien n’y fit. Amnesty International vient de faire la découverte d’insoutenables réalités et remonte les bretelles de l’État par rapport au respect des droits humains. Une centaine de détenus a perdu la vie en 2017 dont cinquante-deux en détention préventive. Des chiffres qui font froid dans le dos mais qui risquent de s’aggraver si les réalités ne changent pas. Dans les prisons, 60 % des détenus ne sont pas jugés. Certains attendent d’être jugés depuis cinq ans sans avoir jamais vu un avocat. Une situation qui s’est tout de même améliorée puisque dans le passé, certains détenus ont passé trente ans en prison sans avoir été jugés. Le monde carcéral n’a jamais été une préoccupation de l’État qui a toujours eu d’autres chats à fouetter. La santé, l’éducation, la lutte contre la corruption, l’insécurité sont autant de priorités auxquelles il doit se donner de la tête. Et la construction de prison cinq étoiles ne figure dans aucun programme des candidats à l’élection présidentielle. Même celui qui promet parkings et buildings n’en pipe pas mot. C’est dire. Or, tous les trafiquants, tous les prisonniers politiques à l’issue d’une alternance manivelle risquent un jour de s’y retrouver. Pety Rakotoniaina et Alain Ramoroson en savent quelque chose. Claudine Razaimamonjy fait partie des détenus qui attendent leur procès mais elle bénéficie certainement d’un traitement de faveur. Tant pis donc pour ceux qui ont choisi d’aller vivre dans un trou. Pour les grands criminels et ceux qui sont condamnés, ils ne méritent certainement pas un meilleur traitement mais le fait est qu’il y a beaucoup de détenus qui ont commis des délits mineurs et beaucoup d’innocents qui subissent le même sort que les déchets de la société. Il suffira pourtant d’une volonté à défaut de grands investissements pour changer les conditions. Au lieu de verser du backshich aux juges et magistrats et échapper à un mandat de dépôt, les prévenus de délits mineurs n’ont qu’à s’acquitter d’une caution pour être en liberté. Vu le niveau de la corruption au niveau de la Justice et le nombre d’affaires qui passent au tribunal, l’État peut réaliser une meilleure recette que la douane et la contribution. Cela désengorgera à coup sûr les prisons et permettra à l’État d’en construire pour accueillir de nouveaux clients. La détention préventive est une exception selon la Constitution mais elle est devenue pratiquement la règle. Reste à savoir les conséquences d’une telle mesure au niveau de la population étant donné qu’on est arrivé à un stade où toute remise en liberté est sanctionnée par une justice populaire. Le choix échoit ainsi à l’État de construire des écoles pour instruire et éduquer la population ou des églises pour la dissuader à voler et tuer ou construire des prisons pour punir et sanctionner ceux qui ont failli aux dix commandements. Un dilemme  cornélien pour l’État.  Pourquoi investir dans un établissement dont le fonctionnement va coûter la peau des fesses? Pourquoi s’occuper des détenus alors que les moyens manquent pour améliorer les conditions de vie de gens biens, pour équiper les hôpitaux, les écoles, les sapeurs-pompiers ? Pourquoi s’occuper des lémuriens alors que les hommes ne mangent pas à leur faim, alors que les handicapés sont livrés à eux-mêmes? Des questions fondamentales dont les réponses justifient l’attitude et le comportement de l’État face à des réalités criantes. Eric Ranjalahy

Surpopulation carcérale et conditions de détentions inhumaines à Madagascar avec la systémisation du MD pour mieux racketée – Midi madagasikara du 24 octobre 2018

La Commission nationale indépendante des Droits de l’Homme (CNIDH) a organisé hier, à l’hôtel Ibis Ankorondrano, une table ronde sur l’urgence de l’amélioration des conditions de détention à Madagascar. Surpopulation carcérale. Des conditions de détention inhumaines sur fond de surpopulation carcérale, qui dépassent l’entendement. Pour ne parler que de Tsiafahy où 200 personnes s’entassent et dorment à même le sol dans une cellule, normalement prévue pour 70 personnes. Sans parler de l’état de délabrement avancé des infrastructures, allant des cellules aux sanitaires, dont l’entretien et la propreté laissent vraiment à désirer ; avec tout ce que cela implique de prolifération de maladies et de risques pour la santé. Par ailleurs, les violences entre prisonniers, mais aussi celles perpétrées par les pénitenciers sont légions, combinés à la malnutrition sévère, cela bafoue non seulement les droits humains fondamentaux, mais les exposent carrément à la mort. Pas étonnant, si l’année dernière plus de 900 détenus, dont des mineurs, ont trouvé la mort en prison. Détention préventive. Ont été principalement relevées lors de cette table-ronde les mesures à prendre en amont et en aval pour venir à bout de la surpopulation carcérale, les principales causes de cette surpopulation carcérale ; les violences au sein des maisons de détention ou des maisons d’arrêt, les conditions sanitaires, etc. Ainsi, il a été sans grand étonnement annoncé que la principale cause de la surpopulation carcérale est la tendance abusive à détention préventive. Des responsables auprès d’organisations de la société civile parlent même d’une « crise de la détention préventive à Madagascar ».  « Nous avons visité une prison dans le Sud-est de l’île, près de 90%, pour ne pas dire 100% des détenus n’ont pas encore été auditionnés et condamnés. Alors que la Constitution malgache même stipule que la détention préventive est une exception, le mandat de dépôt (MD) devient carrément systématique, avec de l’autre côté une lenteur exagérée des procédures d’audience et de jugement (environ 50% des détenus sont prévenus). C’est aberrant et il s’agit bien d’une injustice ». Systématisation du MD. Lors de la table ronde, il a été relevé que la corruption qui sévit encore dans le milieu de la Justice fait partie des facteurs qui favorisent la systématisation des  MD. Toutefois, bien que connus de tous au niveau de la pratique ces cas de corruption et de vices de formes ne sont pas évidents à prouver, s’ils ne sont pas habilement coordonnés, voire camouflés. Ainsi, des solutions ont été avancées, à savoir : la construction de lieux de détention supplémentaires (prévus et promis par le ministère de tutelle pour 2019) ; l’éducation et l’information de la population sur ses droits avant, pendant et après toute procédure administrative pouvant mener à l’incarcération ; et enfin le renforcement, voire la mise en place de dispositifs de contrôle et de sanctions plus poussés sur les cas de corruption et vices de forme au niveau du Tribunal de première instance, afin d’éviter et/ou de limiter la systématisation de la détention préventive. Luz Razafimbelo

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A Madagascar, CYRIL, est maintenu en détention préventive depuis 27 ans à cause de la mauvaise tenue des registres de détention – Amnesty international rapport 2017

« Une bonne tenue des registres est essentielle à la protection des droits des prisonniers, afin qu’ils puissent être localisés. » Philip Alston, rapporteur spécial des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires

  Lors de la visite de la MC d’Antanimora, l’équipe de recherche d’Amnesty International a rencontré Cyril, 55 ans , accusé d’homicide et maintenu en détention depuis 27 ans, mais toujours enregistré comme étant en détention préventive, d’après le registre de l’établissement. Les agents pénitentiaires le considéraient comme un détenu en attente de jugement, et il ignorait lui-même qu’il avait été jugé par contumace. Cyril a expliqué :

« Je suis ici depuis 27 ans. J’ai été arrêté en septembre 1990. Tout ce dont je me souviens, c’est qu’aucun membre de ma famille n’est venu m’apporter à manger. En prison, on ne me donne que du manioc, en 27 ans j’ai beaucoup souffert […] J’ai déjà été entendu par le tribunal, mais je ne sais pas quand ma prochaine audience aura lieu. Je n’ai pas d’avocat, je n’en ai jamais vu […] Je ne savais pas que j’avais droit à un avocat. »

Cyril a déclaré travailler pour d’autres détenus en leur faisant des massages, afin de pouvoir s’acheter un peu plus de nourriture et compléter la maigre diète de la prison. L’équipe de recherche d’Amnesty International a réussi à obtenir le Modèle 18 de l’établissement, qui contient des informations sur chaque détenu, et a confirmé qu’il figurait parmi les personnes maintenues en détention préventive. D’après ce tableau, son mandat de dépôt date de 1990, alors que sa durée de validité est limitée, conformément au Code de procédure pénale. Dans la colonne « Observations », il est inscrit qu’il a été jugé par contumace, car il s’était évadé lorsque le procès a eu lieu. Amnesty International a pu vérifier que Cyril a effectivement été jugé, en 1993. Or, à cause du manque de coordination entre les tribunaux et les établissements pénitentiaires, la maison centrale n’a jamais été informée de la tenue du procès de Cyril. Cette situation a eu des conséquences dévastatrices sur sa santé psychologique, étant donné qu’il attendait toujours son procès et qu’il ignorait tout de l’état d’avancement de son dossier, malgré son droit à un procès équitable. Avant le départ de l’équipe de recherche, Cyril a déclaré :

« Tout ce que je souhaite, c’est sortir d’ici, aller à Antsirabe et chercher ma fille. Elle avait deux ans lorsque j’ai été arrêté.»

Malheureusement, cette situation n’a rien de surprenant. L’équipe de recherche d’Amnesty International a pu constater de première main comment les agents pénitentiaires enregistraient les dates des audiences et les communiquaient aux détenus. La conjonction du manque de ressources, notamment de registres où inscrire les faits, de la surcharge du personnel et de l’absence de coordination entre les différents services peut rendre le processus enclin aux erreurs, qui frappent deplein fouet les détenus en attente de jugement. Les registres sont un outil indispensable à la protection et au respect des droits humains des détenus. Conformément aux Règles Nelson Mandela, l’existence généralisée d’informations détaillées sur l’arrestation, le lieu de détention et le traitement des détenus, condamnés ou non, fournit une protection contre lesv iolations des droits humains. La tenue de registres précis et mis à jour est aussi essentielle pour détecter les détenus dont les mandats de dépôt ont expiré et les libérer. Le droit malgache prévoit qu’une fois l’ordonnance de prise de corps arrivée à expiration, le détenu en attente de jugement doit être immédiatement libéré, sinon sa détention est considérée comme arbitraire. Les directeurs d’établissement pénitentiaire jouent un rôle crucial dans la prévention des détentions arbitraires. Chaque mois, ils envoient au tribunal compétent une liste des détenus en attente de jugement dont la détention est sur le point d’atteindre la fin de la durée de validité légale. Les magistrats ont alors le choix entre prolonger leur détention en délivrant un nouveau mandat (lorsque la loi le permet) et ordonner leur libération. Les directeurs ont informé Amnesty International qu’il arrivait fréquemment que les magistrats ne donnent jamais de réponse, transférant ainsi au personnel de l’administration pénitentiaire la responsabilité de libérer les détenus concernés. Les principaux obstacles à la tenue de registres de détention précis et régulièrement mis à jour sont le manque de moyens financiers et matériels, l’obsolescence des systèmes d’enregistrement et la mauvaise coordination entre les établissements pénitentiaires et le pouvoir judiciaire. La législation malgache exige que les détails relatifs à chaque personne privée de liberté, qu’elle soit gardée à vue ou maintenue en détention préventive, soient inscrits dans un registre spécifique . Au cours de ses visites, Amnesty International a observé l’existence de tels registres dans les neuf établissements pénitentiaires. Cependant, en l’absence de systèmes électroniques d’enregistrement, toutes les informations nécessaires sont inscrites à la main, notamment les données à caractère personnel des détenus, la date de leur audience suivante, celle du mandat de dépôt, ainsi que celle, le cas échéant, de sa prorogation ou de l’arrêté de libération. Cette tâche est extrêmement longue et pénible pour les agents pénitentiaires, qui sont déjà surchargés. À la MC d’Antanimora, qui reçoit une vingtaine de nouveaux détenus chaque jour, le directeur a expliqué les conséquences du manque de moyens :

« Ici, nous avons 20 agents administratifs, mais nous n’avons pas assez de moyens. Nous n’avons que deux ordinateurs, donc ils doivent partager. Nous n’avons pas assez de cahiers pour le registre, alors maintenant nous utilisons les feuilles du tribunal pour écrire les renseignements. C’est vraiment dur pour le personnel, il souffre de stress et de problèmes psychologiques. »

Toutes les données sur les détenus et les mises à jour de leurs dossiers contenues dans les registres ont été consignées à la main depuis 1956. De ce fait, des centaines de vieux registres s’entassent au fond des archives des établissements pénitentiaires. Dans la plupart des prisons qu’Amnesty International a visitées, ces salles étaient en si mauvais état — vitres cassées, basses températures, infiltrations sur les murs — que bon nombre de registres avaient commencé à se décomposer, parfois même à devenir la cible des rongeurs. La direction régionale responsable de la MC d’Antanimora a expliqué qu’il n’était pas rare que la décision du tribunal, communiquée sur papier, ne parvienne pas aux fonctionnaires des établissements pénitentiaires. Parfois également, les dossiers des détenus sont égarés lors de leur transfert d’une juridiction à une autre. Cyril est la preuve vivante qu’un registre mal tenu et une coordination déficiente entre le tribunal et les établissements pénitentiaires peuvent anéantir la vie et les espérances d’une personne. La triste réalité est qu’il n’est pas le seul.

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L’attractivité de Madagascar mise à mal par une insécurité persistante – Le monde du 23 octobre 2018

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Dans la nuit du vendredi 19 au samedi 20 octobre, l’homme d’affaires Stéphane Laurin, 51 ans, a été froidement assassiné par un des cambrioleurs qui entraient chez lui, à Ankadikely Ilafy, une commune rurale à une quinzaine kilomètres d’Antananarivo, la capitale malgache. Le Français, qui vivait dans la Grande Ile depuis vingt-sept ans, était directeur de l’entreprise textile Festival, installée dans une zone franche où se concentrent les investisseurs étrangers désireux de bénéficier des avantages fiscaux proposés par Madagascar. D’après la gendarmerie, cinq hommes se sont introduits dans l’enceinte de la villa en enlevant les briques du mur de clôture. Lorsqu’ils ont fracturé la porte d’entrée, Stéphane Laurin s’est levé, alerté par le bruit. Un des cambrioleurs l’a tué d’une balle dans la tête au moment où il ouvrait la fenêtre. Le reste de la famille a été tenu en joue pendant que la maison était mise à sac. Les voleurs se sont enfuis avec l’ordinateur, le téléphone portable du défunt et 2 millions d’ariary (près de 500 euros). Le butin, qui peut paraître dérisoire vu de France, reste une petite fortune dans ce pays qui compte parmi les plus pauvres de la planète. A Madagascar, plus de 75 % de la population vit avec moins de 2 euros par jour, selon la Banque mondiale.

A la nuit tombée, Tana change de visage

« J’ai connu M. Laurin il y a trois mois, alors que nous visitions ensemble le port de Tamatave [Toamasina], qui avait des problèmes d’engorgement, se souvient Fredy Rajaonera, le président du Syndicat des industries de Madagascar. C’était un entrepreneur dynamique, très impliqué dans la société malgacheHélas, le climat ambiant d’insécurité joue sur celui des affaires. Les ouvriers sont angoissés, ils rentrent tôt chez eux parce qu’ils ont peur qu’il leur arrive quelque chose. La productivité en pâtit. On se dit tous que ça pourrait nous arriver. » « Nous contribuons activement au développement de Madagascar par une participation fiscale non négligeable, mais ça ne peut pas continuer dans un environnement d’insécurité et d’instabilité, indiquait précédemment M. Rajaonera dans la presse locale. Il faut qu’on nous donne cet environnement de sécurité et de stabilité pour pouvoir booster l’économie. » Alors que le premier tour de l’élection présidentielle est prévu le 7 novembre, cet appel sera-t-il entendu par le prochain gouvernement ?

Lire aussi :   A Madagascar, coup d’envoi d’une campagne électorale marquée par le combat des « ex »

L’insécurité à Madagascar est persistante. Dans la capitale, dès que la nuit tombe, les rues se vident et « Tana » change de visage. De bruyante et embouteillée, la capitale devient presque fantomatique. Les rares lumières émanent des gargotes où l’on peut se restaurer. La ville est traversée par de longs escaliers assez étroits, qui font office de raccourcis entre les quartiers. Faute d’éclairage public, il est fortement déconseillé de se déplacerautrement qu’en taxi. Des agents de sécurité privée patrouillent dans le centre-ville et se proposent de ramener les riches couche-tard à leurs hôtels, qu’ils soient « vazaha » (étrangers) ou malgaches. « Moi, ma règle, c’est de ne jamais voyager de nuit, confie Stéphane, un touriste français. Je ne me suis jamais senti en danger à Madagascar, sauf la nuit. Surtout pendant les longs voyages en taxi-brousse. De toute façon, c’est la recommandation numéro un de tous les forums de voyage. »L’insécurité est l’affaire de tous. « Sur l’avenue de l’Indépendance, deux hommes ont coupé la lanière de mon sac alors que je portais mon fils dans les bras, raconte Zina, hôtelière. Heureusement, je n’avais pas beaucoup d’argent. »

Une embuscade contre des footballeurs

Le 16 octobre au soir, l’équipe nationale de football, qui venait de se qualifierpour la phase finale de la Coupe d’Afrique des nations 2019 en battant la Guinée équatoriale, est tombée dans une embuscade à proximité du stade de Vontovorona. Des étudiants de l’Ecole supérieure polytechnique avaient barré la route. Ils protestaient contre une coupure d’électricité qui durait depuis trois jours. Ils ont réclamé de l’argent aux joueurs et ont jeté des pierres sur leur véhicule.

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Dans un contexte de pauvreté extrême, les actes de banditisme peuvent aussi relever du ras-le-bol de la population. Ce que les footballeurs ont bien compris : sortis indemnes de cet événement, ils ont annoncé dans un communiqué qu’ils allaient, par solidarité, reverser l’intégralité de leurs primes de match contre la Guinée équatoriale aux étudiants. Sur les cinq dernières années, selon les statistiques de la gendarmerie nationale, 4 000 personnes ont été tuées à Madagascar, victimes du banditisme.

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